Association de malentendants et de devenus sourds des Bouches-du-Rhône

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Compte rendu de la conférence organisée par Surdi 13 à Aix en Provence

Intervenants : Dr Fatou (ORL) et Dr Paolino (ORL)

 

Sommaire
I. Physiologie de l’oreille et principales maladies rencontrées : Dr Fatou (ORL)
1. Le labyrinthe antérérieur (l’audition) et le labyrinyhe postérieur (l’équilibre)
2. L’équilibre : un système plurifactoriel
3. Définition du vertige
4. Atteintes vestibulo-cochléaires
Causes infectieuses
Causes traumatiques
Causes fonctionnelles
Causes neurologiques
Causes tumorales
Quelques mots sur les vertiges sans atteintes
auditives
II. Troubles de l’équilibre chez la personne âgée :
intervention Dr Paolino (ORL)
1. Les vertiges liés à l’âge
2. Problème de santé publique
3. La posturographie statique et dynamique
4. La population atteinte
5. Rééducation vestibulaire
III. Témoignages
IV. Questions/réponses

 

I. Physiologie de l’oreille et principales maladies rencontrées : Dr Fatou (ORL)
1. Le labyrinthe antérieur (la cochlée pour l’audition) et le labyrinthe postérieur (les canaux semi circulaires pour l’équilibre)
Ce qu’ils ont en commun :
- Cellules ciliées
- Liquide endolymphatique qui circule entre les deux compartiments
- Système de transduction c’est-à-dire transformation d’une information mécanique (vibration, accélération) en information
électrique
Ce qui les différentient :
- Stimulation de la cochlée par les vibrations sonores
- Stimulation du vestibule par les mouvements et la pesanteur
- Message transmis au cerveau par: le nerf cochléaire pour la cochlée, le nerf vestibulaire supérieur pour le CSC (canal semi
circulaire) supérieur, le CSC externe et utricule, le nerf vestibulaire inférieur pour le CSC postérieur et le saccule
2. L’équilibre : un système plurifactoriel
Noyaux vestibulaires en relation avec 4 voies : la voie visuelle, la voie labyrinthique, la voie proprioceptive, la voie neurovégétative
Equilibre si cohérence entre les différentes informations
3. Définition du vertige :
Illusion de mouvement par conflit d’informations sensorielles entre la source vestibulaire malade et les deux autres (visuelle et
proprioceptive).
Il y a quatre symptômes importants que l'on ressent plus ou moins : vertige, vomissement, nystagmus (réflexe vestibulo-oculaire), ataxie.
Si l'oreille interne ne marche plus, les yeux vont se mettre à bouger. C'est un nystagmus qui va apparaître, ce n'est pas normal.
4. Atteintes vestibulo-cochléaires
· Les causes infectieuses
Otite chronique cholesteatomateuse (atteinte du CSC externe) :
Les osselets sont détruits.
L’infection pénètre à l'intérieur de l'oreille, elle va abîmer ce canal semi-circulaire, cette pathologie peut arriver à tout âge, elle se
manifeste par une oreille qui coule de façon constante, les gens mettent souvent un petit coton, et souvent ça ne se sent pas très bon.
L'origine peut être congénitale, c'est assez rare, elle est le plus souvent acquise à la suite d'otites à répétition.
On confirme avec un scanner de l'oreille moyenne.
Le traitement chirurgical est obligatoire car le seul efficace.
Labyrinthite sur otite chronique simple ou virale :
Il s’agit d’une infection bactérienne ou virale qui va perforer le tympan et qui se manifeste par une surdité, des acouphènes et des vertiges
d’apparition brutale.
Quelqu'un qui a une oreille normale peut faire une otite normale qui devient une labyrinthite. Cela peut donner des surdités de perception
très importante, et il faut mettre en urgence les patients sous corticoïdes et antibiotiques.
L’urgence du traitement permet en général de récupérer l'audition. (NDLR : il faut signaler l’urgence lorsque l’on prend contact avec le
médecin ORL ou l’hôpital.)
Syndrome de Sicard (Névrite) :
C'est une infection virale qui va toucher le nerf de l'audition, le nerf de l'équilibre et le nerf facial. On appelle cela le paquet acousticofacial.
Le syndrome se manifeste par un grand vertige, une atteinte auditive, et une paralysie faciale d’apparition brutale. Le traitement
médical doit être rapide soit par corticoïdes soit par anti-herpétique. (NDLR : il faut signaler l’urgence lorsque l’on prend contact avec le
médecin ORL ou l’hôpital.)
· Les causes traumatiques
La fracture du rocher :
Des gens qui tombent d’une hauteur peuvent se fracturer le rocher.
Cette fracture se manifeste par un saignement de l'oreille, il y a souvent un hématome derrière le pavillon.
Il peut y avoir des complications, par exemple une surdité. Il peut y avoir des osselets qui bougent et se disloquent, provoquant une
surdité de transmission, mais le plus souvent une surdité de perception (atteinte de la cochlée)
L’atteinte vestibulaire n’est pas systématique, il n'y a pas forcément de vertiges.
Le diagnostic sera fait grâce au scanner qui montrera le trait de fracture. Le traitement sera le repos et des corticoïdes. Une autre
complication plus embêtante est la paralysie faciale.
Les fistules labyrinthiques :
Elles peuvent être responsables de vertiges positionnels : les gens se plaignent de vertiges quand ils font un effort, quand ils se lèvent ou
quand ils remuent.
Il y a une petite fuite du liquide, et l'oreille interne souffre. On observe des vertiges et une chute d'audition. Quand quelqu'un se plaint
d'une chute d'audition progressive avec des vertiges positionnels, il faut penser à la fistule. Parfois le repos seul suffit, mais quelquefois il
faut faire une exploration chirurgicale pour reboucher cette fuite.
· Les causes fonctionnelles
L’hydrops
C'est une hypertension du liquide endolymphatique dans l'oreille.
Il y a des formes mono symptomatiques, elles s'expriment soit par une chute d'audition isolée, soit par des vertiges. Et des formes ou il y
a les deux signes ensemble.
Au niveau des vertiges, cela donne des crises de vertiges qui reviennent régulièrement. Quand on cherche autre chose, a priori on ne
trouve rien d'autre. Il s'agit bien de l'oreille interne.
Souvent cela passe très bien avec des traitements médicamenteux.
C'est souvent déclenché par le stress. Cela peut s'arrêter comme c'est venu, cela n'évolue pas forcément vers la maladie de Ménière. C'est
une sorte de maladie de Ménière, mais moins grave.
Maladie de Ménière
On parle de la maladie de Ménière quand on a les 3 symptômes : acouphènes, vertiges, chute d'audition.
Cette maladie de Ménière provoque une surdité d’abord sur les fréquences graves, elle peut être responsable d'une surdité jusqu'à 70
décibels.
Souvent, au début de la maladie, les patients ont des crises de vertiges associées à des bourdonnements. Puis, au bout de dix ans, les
crises de vertiges s'arrêtent une fois que l'audition a baissée de 70 décibels.
Ces crises de vertiges sont liées aux augmentations de pression dans l'oreille interne.
Il y a encore beaucoup de recherche à faire parce qu'on n'a pas tellement avancé par rapport à la prise en charge de cette maladie.
On essaie bien sur de faire baisser la tension. Mais aucun traitement n'est révolutionnaire. Cette maladie peut s'arrêter spontanément. Il y
a le même taux de guérison avec tous les traitements, on ne sait pas si l’arrêt de la maladie est spontanée ou du au traitement
médicamenteux.
Il y a aussi le traitement chirurgical : on utilise beaucoup la neurotomie vestibulaire mais aussi « le décompression du sac »
Il y a des gens qui ne sortent plus de chez eux, qui ont des vertiges toutes les semaines, qui n'osent plus rien faire.
Après cette intervention, il n'y aura plus ce genre de problèmes. Cela marche très bien l’équilibre se fait alors sur une seule oreille. Il peut
rester quelques instabilités. Cela nécessite une semaine d'hospitalisation.
La deuxième solution utilisée dans d'autres régions de France : on injecte de l'aminosine (antibiotique toxique pour l’oreille interne) dans
l'oreille interne. Le problème, c'est qu'il y a un risque auditif. C'est une chose utilisée chez les gens qui ont perdu l'audition. Une perte de
20 % supplémentaires sur 70 décibels ce n'est pas grave.
Chez les gens qui ont des restes auditifs importants, c'est très dangereux pour l'audition.
Le vieillessement
Il y a également le vieillissement, je laisserai le Dr Michel PAOLINO en parler plus longuement.
· Les causes neurologiques
Parfois, la surdité et les vertiges sont associés à des signes neurologiques.
La SEP, (sclérose en plaque). Il va y avoir des signes associés, des acouphènes et distorsion auditive, des troubles visuels, des troubles
sensitifs de type fourmillements. On ira très rapidement faire une IRM
Une autre cause : l'infarctus d'une artère cérébelleuse. Quand il y a une thrombose, tout ce qui est en amont va être détruit. Le terrain est
très important lorsqu'il s'agit d'une personne âgée fragile sur le plan vasculaire. Parfois, cela se bouche et se débouche. Les vertiges
disparaissent en deux jours.
· Les causes tumorales
C’est exceptionnel mais il ne faut pas passer à côté.
Le neurinome : on constate une chute d'audition progressive, associée à des acouphènes.
Absence de vertiges, quelques instabilités
Signes neurologiques si taille importante: maux de tête, vomissements…
Détectées aux PEA (potentiels évoqués auditifs) et IRM (Imagerie par Résonance Magnétique)
Traitement chirurgical si augmentation de taille ou taille importante.
· Quelques mots sur les vertiges sans atteintes auditives
Il y a les vertiges positionnels, la cause résident dans ces fameux cristaux qui se décrochent avec l'âge et qui font fausse route.
Cette pathologie touche les femmes à partir de 50 ans, c'est pour cela que l'on pense qu'il y a des causes hormonales
Elle touche habituellement un des canaux semi-circulaires
La nuit, quand vous êtes allongés dans votre lit, les cristaux vont tomber par gravité. C'est un vertige bref, liée à la position ( le vertige se
produit quand on se retourne). Souvent aussi, le patient va se plaindre d'un vertige rotatoire très fort lorsqu'il se lève. Tous les examens
sont normaux, il n'y a pas de signes auditifs. Cela se traite très bien avec un kinésithérapeute spécialisé.
Il y a également la névrite vestibulaire.
Il s’agit d’une infection virale : elle se manifeste par des vertiges violents d’apparition brutale, vomissements et alitement pendant 3 à 5
jours.
Il y a une instabilité résiduelle pendant 1 mois mais il n’y a pas d’atteinte auditive
En conclusion, vertiges et auditions sont intimement liés, parce que c'est le même organe. Le vieillissement va accélérer ces
manifestations. On a, le plus souvent, le moyen maintenant de soigner cela.
II. Troubles de l’équilibre chez la personne âgée : intervention du Dr Paolino (ORL)
Je vais vous parler d'un problème qui est lié au vieillissement : ce sont des troubles de l'équilibre qui apparaissent avec l'âge. Aujourd'hui
on a les moyens de les diagnostiquer un peu mieux qu'auparavant.
Je vous rappelle que le fonctionnement de l'appareil de l'audition et celui de l'équilibre est intimement lié. En ce qui concerne la
pathologie, l’exemple le plus complet d’une intrication entre la cochlée et le vestibule est la maladie de MENIERE, mais il y a des formes
totalement dissociées comme la surdité brusque pour la cochlée et la névrite vestibulaire pour le vestibule.
La fonction d’équilibration est gérée par trois grands systèmes : le système vestibulaire, le système visuel et le système proprioceptif, le
tout sous le contrôle du cervelet. Il faut qu'il y ait une cohérence entre ces différents systèmes, pour que le cerveau fournisse un équilibre
stable.
Le trouble de l’équilibre lié à l’âge apparaît préférentiellement sur le système vestibulaire.
1. Les vertiges liés à l'âge
Voyons quelques idées générales pour évoquer le problème des troubles de l’équilibre .
Il faut retenir qu’un sujet sur cinq qui chute après 65 ans pour des raisons d'équilibre meurt dans l’année qui suit la chute.
Cela représente 10 000 décès par an.
Malgré la consultation de divers spécialistes, de la réalisation de nombreux examens pour connaître l'origine du trouble, (scanner, IRM
etc.,) on était en général tout à fait incapable de reconnaître ce trouble jusqu'à ces dernières années.
2. Problème de santé publique
Une personne âgée instable devient de plus en plus dépendante au fur et à mesure de l’évolution de sa pathologie. Elle va avoir besoin
d'une tierce personne, de soins à domicile etc…
La personne perd son autonomie locomotrice, reste chez elle, déprime et accroît de façon considérable son vieillissement.
Sa qualité de vie en est affectée. La morbidité et la mortalité sont élevées. Le coût social est important.
Vous comprenez alors que l’instabilité du sujet âgé est aujourd’hui un véritable problème de santé publique. à travers cela que c'est
aujourd'hui un véritable problème de santé publique.
Aux états unis une étude récente a montré que pour l’instabilité du sujet âgé, la relation coût-bénéfice était très largement en faveur des
mesures de prévention.
3. La posturographie statique et dynamique
Le sujet instable est exploré par un examen vestibulaire clinique et instrumental on aussi étudie la verticale subjective, pour savoir si la
personne se positionne bien dans l'espace ; de plus un nouvel examen est apparu récemment : la posturographie statique et dynamique.
Les premiers matériels provenaient des États-Unis parce qui avaient une recherche fondamentale plus en avance que nous grâce aux
recherches liées à l’envoi des hommes dans l'espace. Malheureusement l'appareil qui permet de diagnostiquer ces anomalies est
extrêmement coûteux.
Il a fallu trouver des moyens pour que ce genre d'appareil soit financièrement accessible à de nombreux praticiens, de façon à ce que ce
problème soit mieux connu et mieux traité.
Le matériel que nous utilisons est multiple : plateforme fixe et plateforme dynamique.
Tout d’abord nous travaillons avec la plateforme fixe, sur laquelle on étudie l’équilibre statique du sujet. Sur la plateforme mobile on
apprécie le comportement du patient dans ces conditions dynamiques.
La comparaison des résultats statiques et dynamiques va nous permettre d’individualiser un certain nombre de troubles et de reconnaître
grâce à des histogrammes délivrés par la machine le rôle respectif des différentes afférences visuelle, vestibulaire et proprioceptive
participant à la fonction d’équilibration.
Plateforme motorisée :
La plate-forme va provoquer des stimulations brutales et transversales, et ensuite sinusoïdales. On va ensuite analyser le temps qu'il faut
au sujet pour retrouver son équilibre. Puis on mesurera l'énergie musculaire que le patient dépense pour garder son équilibre.
Le temps de re-stabilisation, l’énergie dépensée, le déphasage, le gain sont les critères les plus pertinents pour repérer les sujets chuteurs.
On a ensuite étudié une population de sujets instables. Parmi eux, il y avait des sujets qui avaient chuté, et d'autres qui n'avaient pas
chuté.
Par exemple et globalement se sont les femmes qui sont le plus atteintes.
Ce qui nous a intéressé, ce sont les gens qui n'avaient jamais chuté alors qu'ils présentaient les mêmes critères de potentialités de
chutes que les sujets chuteurs.
Le résultat est le suivant :
Il est tout à fait normal de retrouver chez le sujet qui est chuteur, 3 ou 4 critères de chutes. Les critères choisis sont donc pertinents .
Chez les personnes qui n'ont pas chuté, il y a moins de critères de chutes, un ou deux au maximum, mais malgré tout il y a 31 % d’entre
elles présentant 3 ou 4 critères de chutes ,comme les chuteurs. Cela nous intéresse tout particulièrement et c'est un des aspects intéressant
du développement de nos techniques, car il a permis d’améliorer l’identification des sujets potentiellement chuteurs, d'améliorer la
prévention du risque de chutes, d'adapter la rééducation et la réhabilitation des troubles de l’équilibre du sujet âgé, pour une meilleure
qualité de vie et un coût social nettement moins important.
L’objectif est de vulgariser ces techniques auprès des maisons de retraite et de trouver des solutions pour l empêcher ces personnes âgés
de tomber ou tout au moins de limiter l’impact de ces chutes.
4. La population atteinte
L’apparition de l’instabilité est progressive, à partir de 65 ans, chez deux femmes pour un homme, provoquant une sensation d'insécurité,
la peur de tomber, l’impression de tête lourde et parfois la chute.
Le bilan : ce sont des gens qui entendent mal (presbyacousie), l'examen vestibulaire est le plus souvent normal, l'appareil périphérique est
normal. On se retrouve devant un syndrome d’omission vestibulaire.
Quand on fait les tests, on s'aperçoit que le sujet ne se sert plus correctement de son appareil vestibulaire qui est pourtant encore
fonctionnel. À partir de là, on a développé des techniques pour l'aider à restaurer, à rééduquer l'utilisation de cet appareil.
5. Rééducation vestibulaire
Au domicile
Quand le trouble n'est pas très important, on peut essayer de faire de la rééducation à domicile, on va donner au patient un certain nombre
d'indications pour qu'ils fassent ces exercices lui-même à la maison. On va donner des conseils généraux pour des personnes qui ont des
troubles de l'équilibre avec pour principal objectif de retrouver la confiance en soi.
On va exécuter les exercices en partant du plus simple vers le plus compliqué pour ne pas décourager la personne.
Il est nécessaire de sécuriser l'environnement pour éviter de se cogner. Il faut que cela devienne une sorte de jeu pour que l'on soit motivé.
Il est important que l'entourage familial soit conscient du problème et participe à cette rééducation et il est important d'en parler.
Chez un kinésithérapeute
Quand le trouble est plus important, on ne peut pas se permettre de laisser le sujet se guérir tout seul. On va développer des exercices par
l'intermédiaire d'un kinésithérapeute, avec un appareillage adapté.
Cette rééducation ne peut s’effectuer que sur prescription médicale précisant le nombre de séances, le diagnostic le plus précis et, dans le
meilleur des cas, la séquence rééducative. Le kiné doit posséder avec la prescription médicale un examen posturographique commenté. La
rééducation vestibulaire doit toujours être précédée d’un testing initial. Dans notre centre, nous pratiquons « le parcours de l’équilibre »,
avec une notation clinique ; puis, pour chaque poste de rééducation, une appréciation de 1 à 5 est réalisée. A la fin de la rééducation, on
effectue un testing final que l’on compare à l’initial pour juger de l’efficacité de la rééducation. Enfin un examen posturographique de
contrôle est exécuté pour apprécier le résultat, le plus objectivement possible.
Pour l'exercice spécialisé, chacun des postes va essayer de travailler les différents systèmes dont on parlait tout à l'heure et qui participe à
la fonction d'équilibration.
D'abord, on va voir par un petit parcours effectué dans une salle de rééducation, on va les faire marcher, avec un circuit à suivre au sol,
qu'on va d'abord exécuter les yeux ouverts puis les yeux fermés, s'asseoir sur une chaise se relever ; on note tout ce qui se passe.
C'est une approche multi sensorielle qui fera appel aux trois facteurs d’équilibre.
Il y a le trampolino ; ensuite, dans une salle obscure on va délivrer des stimulations optocinétiques pour ne laisser travailler que
l’appareil vestibulaire. Dans cette situation, le sujet est très déstabilisé car seul son vestibule »malade » lui permet de faire face.
Voilà un panel important de postes de travail pour essayer de retrouver un équilibre de meilleure qualité.
Les résultats sont les suivants :
Voici les résultats avant la rééducation on retrouve le vestibule qui est altéré
Après la rééducation : le score est largement remonté dans les deux cas avec une très bonne activité vestibulaire et les patients sont très
contents de ce type de rééducation.
III. Témoignages
Témoignage de Catherine : (extraits de Résonnances n° 17)
J’ai connu 2 périodes de vertiges de Ménière : d’abord en 1986, puis ça a repris en 2000 et je suis toujours dans cette seconde période.
Entre les 2, il y a eu une intervention chirurgicale (en juillet 1990), absolument merveilleuse pour moi car elle a supprimé tous les
vertiges pendant 10 ans. Je me suis empressée d’effacer de ma mémoire tout ce qui avait trait à cette période de 4 ans environ.
L’intervention s’appelle « décompression du sac », pratiquée sur l’oreille gauche, la seule touchée à cette époque.
Au début, la veille, j’avais des acouphènes, mais je ne les prenais jamais comme un signal d’alarme. J’occultais totalement l’idée de
vertige jusqu’à ce qu’il « me tombe dessus ». Là, il fallait bien que je me débrouille.
Mes vertiges s’accompagnant de vomissements et de diarrhées : rejoindre des toilettes le plus rapidement possible devenait mon seul
objectif.
Après je devais téléphoner pour avoir une piqûre intraveineuse ; à Paris, les infirmières ont des plannings surchargés, et les urgences de
ce genre doivent être « prévues à l’avance », m’a-t-on répondu un soir ! Donc un seul recours : SOS médecins qui, en général, envoyait
quelqu’un assez rapidement. Je l’attendais, assise par terre, dans le couloir, dos et tête collés au mur, derrière la porte que je pouvais
ouvrir en tendant le bras quand le médecin sonnait. Pas question de lire car tout se remet à tourner, juste la « cervelle » qui pense à ce que
pourra être l’avenir…
Quand en septembre 2000 j’ai eu l’impression d’avoir de nouveau une surdité brutale, j’ai attendu pour m’en préoccuper : c’était le weekend
du patrimoine et il n’était pas question que je rate les occasions de visites proposées.
Finalement j’ai du aller aux urgences dans la soirée du dimanche et on m’a annoncé que c’était Ménière. Je ne voulais surtout pas revivre
le cauchemar précédent.
On m’a conseillé de changer de vie car c’était très lié au stress. « Comment ? » « Je ne sais pas, me dis le médecin, mais mes patients qui
reviennent guéris, me disent j’ai changé de vie ! ». Je n’ai toujours pas compris ni su faire et pourtant je constate que je me suis beaucoup
« calmée » depuis ces dernières années. Déjà, parce que malentendante je dois me concentrer pour comprendre ce qui est dit, je ne peux
faire autre chose en même temps. Par ailleurs je me stresse moins, consciemment, mais la vie se charge quelques fois de le faire à votre
insu ! et je ne sais pas agir sur mon inconscient puisqu’il ne suffit pas de dire « je n’aurai pas de vertige » pour que cela se réalise ! .
Je constate que je vis cela de façon tout à fait différente de la 1ère période :
- j’ai toujours une ordonnance pour les piqûres et comprimés sur moi. J’entrepose des piqûres dans tous les lieux où je vais régulièrement
et je ne pars jamais en week-end sans la pochette les contenant.
Je peux me trouver dans 4 états différents :
*je n’ai pas de vertiges et n’y pense pas
*j’en ai un fort, je tombe par terre et appelle médecin ou infirmière,
*je sens que ça commence, je prends tout de suite des comprimés,
*je me sens « vertigineuse » : j’ai l’impression que c’est là, tout près et je ne me sens pas sûre de moi (je ne conduirais pas, par exemple),
mais le vertige ne se « déclare » pas.
Ces états se retrouvent aussi bien le jour que la nuit : être réveillée par un vertige, alors qu’il me faut avoir la tête verticale, c’est assez
dur !
Je n’ai pas rétréci mon univers comme je l’avais fait la 1ère fois ; je pense bien sûr qu’un vertige peut arriver, mais je sais ce que je ferai
alors (vive les portables et les n° enregistrés !). Je refuse de ne plus vivre à cause de cela, la surdité m’a déjà supprimé suffisamment de
choses auxquelles je tenais et que je ne peux remplacer !
Je vous raconte un exemple-type pour vous détendre !
Mon dernier sur la voie publique date d’un mois : je prends le RER pour aller voir un ami. Je dois changer de RER à St Michel lorsque
cela me tombe dessus : vite les comprimés, « ça va passer ! Pas aujourd’hui on a eu trop de mal à trouver cette date ! » . Je sors du train,
je dois descendre des escaliers qui s’enfoncent profondément, je m’agrippe à la rampe, ne regarde pas tout ce vide devant moi et me
répète « ça va aller » ! Arrivée sur le quai, heureusement le train n’est pas là, je zigzague et m’appuie contre le mur de faïence blanche de
façon à ne pas tomber. J’attends, ça empire, les comprimés n’ont pas marché. Je finis par demander de l’aide à des gens qui passent
devant moi, je leur explique ce que j’ai, le fait que je ne peux marcher et qu’il faut demander de l’aide au service sécurité. Le grand jeu :
la sécurité, le chef de station, puis les pompiers, et moi assise par terre maintenant. Les pompiers m’installent sur un fauteuil à 2 roues qui
doit être basculé pour avancer, je leur ai dit que je devais garder la tête parfaitement verticale, donc ils me préviennent dès qu’on prend un
nouvel escalator et qu’ils vont devoir incliner davantage le fauteuil. On ressort devant l’Hôtel Dieu où ils me mènent aux urgences. Je ne
réaliserai qu’après, qu’on est ainsi passé sous la Seine et le parvis de Notre Dame : j’aime les ballades insolites, mais je n’ai pas su
apprécier celle-ci à sa juste valeur !
Je ne dirai jamais assez combien les pompiers sont « sympas », ayant eu affaire à eux plusieurs fois. Comme il est dommage qu’on ne
tombe pas dans les pommes lors d’un vertige car cela nous oblige à continuer de diriger les opérations car on est seul à même de donner
les informations sur ce « malaise » rare et enfin combien le vertige est bestial : j’ai vraiment l’impression d’être ravalée au niveau d’un
animal qui se traîne, sans même marcher à 4 pattes, par terre et qui ne peut qu’attendre que cela « passe » plus vite avec la fameuse
piqûre, mais rendue KO jusqu’au lendemain matin.
Témoignage dans la salle :
J'ai eu toutes sortes de vertiges, je suis très montagnarde, et je n'ai pas de vertiges liés à la peur du vide.
Il y avait eu un très fort mistral, c'est l'explication que je me suis donné après coup. Avec ma copine, on s'est réfugié sur le versant qui
était protégé. J'étais bien, je n'avais aucun trouble... À ce moment-là, j'ai piqué une tête dans cette pente raide, je me suis dit : je vais me
fracasser quelque part.
J'ai pensé que la chute était inéluctable. Je me suis retrouvé par terre.
Réponse : en général cela n’est pas lié à un problème vestibulaire
Témoignage d’un homme dans la salle :
J'ai été très touché par le témoignage de Catherine, parce que c'est ce que j'ai : la maladie de Ménière. J'ai été complètement catastrophé
lorsque j'ai subi ces premiers vertiges parce qu'on ne sait pas du tout ce qui nous arrive. Cela tourne tout d'un coup et on ne se tient plus
droit. On vomit. On nous dit de prendre du Tanganyl. Mais comme on n'arrête pas de vomir, on le rend également.
J'attendais que cela passe tout simplement. Je suis allé chez plusieurs spécialistes qui m'ont dit qu'il n'y avait pas de moyens pour enrayer
cela.
On me conseillait d'éviter d'y penser. Du coup, je me suis mis à faire beaucoup de sport, planche à voile, sport d'équilibre de façon à
enrayer le processus. Mais de temps en temps, tous les 3 ou 4 ans, j'ai une crise assez grave.
Il y a quatre ans, j'ai eu une grosse crise, je suis allé voir un spécialiste. Je devais faire une opération parce qu'on me disait que cela devait
annuler les vertiges.
Puis j'ai eu deux grosses crises, il y a plus d’un an à Noël, et depuis plus rien.
Témoignage dans la salle :
Simplement pour dire que je suis atteinte de troubles de l'équilibre depuis une dizaine d'années, certainement liés à mon problème de
surdité. Ces vertiges ne sont pas permanents, ils m'ont limité dans un certain nombre d'activités, ces crises se déclarent dans des périodes
de stress, quand je dois reprendre le travail par exemple, et à chaque changement de saison. Ces vertiges se manifestent par des troubles
très légers, j'ai pris des traitements ponctuels sans résultats, mais je voudrais dire que j'ai fait de la rééducation vestibulaire, et que c'est
formidable. Je l'ai fait avec un kinésithérapeute de Martigues. Il y a un côté astreignant, à cause du nombre de séances, et ce n'est pas
facile. Mais ces séances apportent énormément.
IV. Questions/Réponses
Je vais d'abord répondre à cette dame : elle nous a dit tout l'intérêt de la rééducation vestibulaire, et il n'y a pas de meilleur témoignage…
mais elle dit que d'année en année elle a des résultats moins importants. C'est vrai qu'on a au fur et à mesure des résultats moins
satisfaisants pour les personnes parce qu'on ne peut empêcher le vieillissement d'apparaître... C'est une constante. Pour ce qui nous
concerne ce qui m'étonne, a travers ce que j'ai entendu dans votre témoignage, c’est qu’il semble que malgré tout vous êtes une personne
stressée, et moi je vous conseillerais de pratiquer de la relaxation, et je pense que du coup vous auriez des résultats plus intéressants en
rééducation.
L'origine des acouphènes peut-elle être médicamenteuse ?
La réponse est oui. Parmi les médicaments oto-toxiques, il y a l'aspirine à forte dose qui donne des acouphènes (NDLR : on considère que
2 grammes par jours pendant 4 à 5 jours n’est pas toxique, éviter de dépasser 2g par jours), le vaccin pour l'hépatite, non
Il y a des gens qui présentent des acouphènes au réveil qui sont liés à des problèmes vasculaires... C'est la vascularisation de l'oreille qui
pose le problème
La rééducation vestibulaire peut-elle se faire à Aix ?
La réponse est Oui.
Il y a au moins un kinésithérapeute spécialisé à Aix,
À Marseille, il y a au moins trois cabinets privés, 2 qui travaillent très bien, un qui travaille correctement, je pense que c'est là que l'on a
aujourd'hui les meilleurs résultats parce qu'on travaille beaucoup en groupe. À Martigues, il y a ce fameux kinésithérapeute qui est très
connu. Qui est très bien.
Pour les vertiges, maladie de Ménière, faut-il contrôler la prise de sel ?
Réponse : Je conseille de ne pas abuser du sel, mais je dis aux gens de vivre normalement, cela ne sert à rien de se priver. N'abusez pas du
sel tout simplement.
Il faut rester modéré en tout. Il faut aussi éviter les excitants.
Comment sait-on qu'on est atteint du vertige de Ménière ?
Les crises de vertiges récidivantes et rotatoires sont un symptôme... On essaie de demander le moins possible d'IRM, parce qu'il y a
maintenant plus de trois mois d'attente. La betahistidine marche bien.
Il faut toujours commencer par faire un examen audio vestibulaire. Si cet examen diagnostique quelque chose, on peut s'arrêter là.
Est-ce que le fait d'avoir une hépatite A ou B peut-être une cause de la maladie de Ménière?
A priori , non il n’y a pas de rapport.
Mais il faut garder en tête qu’on ne sait pas à quoi est due la maladie de Ménière.
J'ai eu une amélioration en faisant un régime sévère pour le foie
Quand une maladie de Ménière s'arrête, on ne sait pas pourquoi. C'est le problème de cette maladie.
M. X l’a très bien décrit, parfois, cela s'arrête complètement.
La rééducation vestibulaire peut-elle être préventive chez une personne qui a eu des vertiges et des pertes d’équilibre ancien ?
Réponse : Je répondrai qu'il faut faire un bilan pour savoir s'il y a une pathologie résiduelle. Ce phénomène peut-être latent.
Les dames se posent la question : pourquoi sont-elles plus fragiles face à cette maladie ?
Réponse : Je pense que c'est un problème d'activités, elles avaient une activité physique moins importante que les hommes. On n'aura
peut-être plus maintenant cette différence parce que les femmes sont plus actives. Une vie tonique est la meilleure façon de reculer ces
problèmes.
Cette dame à un gros problème de vertige, isolé, et, a priori, non diagnostiqué.
Réponse : C'est sûr qu'il y a des vertiges que l’on n’arrive pas à identifier. Peut-être qu'avec l'évolution des techniques… Je ne sais pas si
vous avez fait des examens récemment ? Avez-vous tout essayé ?
On ne peut pas vous répondre comme cela, il faut un examen complet. Évidemment, il n'y a jamais 100 % de réussite.
Y a-t-il une prédisposition familiale à faire des cupulolithiases?
Réponse : Ce sont les fameux petits cristaux dont je parlais tout à l'heure.
J'ai lu que les chutes brutales ne seraient pas liées à des problèmes vestibulaires.
Il y a des causes vasculaires qui peuvent provoquer des déséquilibres brutaux, des causes neurologiques aussi. Il est rare que les
problèmes vestibulaires causent des chutes brutales.
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