Association de malentendants et de devenus sourds des Bouches-du-Rhône

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Intervention du Docteur Deslandres

                 


 Surdi13 prête à ses adhérents des "audiophones" pour la réeducation auditive : (nous contacter)



Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs, Bonjour tout particulièrement à ceux que je connais déjà et merci à ceux qui ont organisé cette rencontre. 
Je me présente, je m’appelle Dominique Deslandres ORL. Je travaille habituellement à Dijon mais régulièrement je vais à Cachan où je m’occupe du «centre Audition et Langage » géré par l' "Association Ecoute et Parole". 
Je m’étais engagé à être parmi vous, malheureusement les manifestations qui encadrent la Journée Nationale de l’Audition sont nombreuses et leur téléscopage ne m’a pas permis d’être présent aujourd'hui; aussi je serai présent par la vidéo et bien sur par la pensée pour vous parler de la rééducation auditive. 
Je vous demande toute votre indulgence : je ne suis pas technicien de la vidéo, j’ai fait ce que j’ai pu. Toutefois, je dois préciser que pendant l’exposé vous me verrez quasiment en permanence afin que ceux qui doivent utiliser la Lecture Labiale puissent me voir articuler. Il y aura aussi quelques plans de coupe qui annonceront le plan ou le chapitre où nous nous trouverons. Le commentaire ne fera que reprendre l’image qui apparaîtra à l’écran.
A la suite de cet exposé et du témoignage d'un homme dont la rééducation remonte à trois ans, vous aurez encore des questions à poser. Adressez-les à votre Association qui me les transmettra et je répondrai dans la revue Résonnance.
C’est généralement parce qu’un déficient auditif n’est pas assez satisfait par ce qui a déjà été fait pour lui, ou par ce qui lui a déjà été proposé, qu’il nous demande de l’aide. 
Nous lui proposons alors une prise en charge globale qui fait appel à toute une batterie de moyens adaptés pour compenser au mieux le handicap. Parce qu’il est volontaire, le déficient auditif va apprendre, par utilisation au quotidien des moyens que nous lui donnons, à gérer son handicap plutôt qu’à le subir. Ceci lui permettra d'en minimiser ultérieurement les conséquences. 
La prise en charge de la surdité nécessite la participation de trois partenaires. 
Ainsi le déficient auditif va être amené à rencontrer le Médecin ORL, l’Audioprothésiste et l’Orthophoniste Ce n’est pas obligatoirement dans cet ordre que cela se passera. 
Pour adapter au mieux la prise en charge au besoin particulier de chaque cas, il faut bien entendu faire un bilan et ensuite procéder selon le plan que je vous indique.
Le Bilan est en fait double, en effet il consiste d’une part à apprécier les capacités auditives c’est l’examen audiométrique qui va faire le constat de l’état fonctionnel. 
Il faut connaître les besoins pour savoir, compte tenu de ce qui a déjà été fait, ce qui reste encore à faire pour répondre au mieux aux exigences de la vie.
Ce bilan va permettre l’élaboration d’un programme de prise en charge. Ce programme développe des actions dans trois directions différentes :
Les conseils de vie : c’est le médecin qui les prodigue en première attention, puis ils seront repris par l’orthophoniste et l’audioprothésiste.
Après les conseils de vie il y aura :
L’appareillage auditif quasi incontournable ; sa réalisation est le fait exclusif de l’audioprothésiste.
Enfin il peut y avoir la stimulation auditive ; elle est réalisée sous le contrôle de l’orthophoniste. Elle consiste à optimiser la capacité à entendre et à développer la discrimination. C’est cette stimulation auditive qui va être le principal point de cet exposé, même si elle ne prend pas beaucoup de place dans ce tableau. 
Le bilan commence en même temps que la prise de contact : le déficient auditif va parler de ses déboires et de ses espoirs. Pas besoin de poser beaucoup de questions pour qu’il vous raconte tout le chemin qui a déjà été parcouru. 
Il y a deux remarques qui reviennent souvent : "les Prothèses Auditives ce n’est pas si génial" ensuite "on me laisse bien sur me débrouiller tout seul". Il est indispensable de laisser le Malentendant vider son sac, car on a besoin de tout savoir de lui, de tout connaître pour ensuite répondre à ses interrogations et le guider au mieux. 
Alors viendra le Bilan d’Etat (c’est le bilan fonctionnel de l’audition) au cours duquel, bien souvent, nous recommencerons l’audiogramme non pas pour additionner et multiplier des éléments que le patient a déjà collectés mais surtout pour pouvoir le compléter : souvent les fréquences 3000 HZ et 6000 HZ qui n’ont pas été testées ; il nous faudra les connaître. 
En plus de cet audiogramme on réalisera une impédancemétrie et le réflexe stapédien ce qui permettra de connaître le niveau de tolérance.
Tous ces tests se font en sons purs, malheureusement en sons purs ; ces sons purs n’existent pas dans la nature. Ils apportent des renseignements tout à fait insuffisants sur la valeur fonctionnelle de l’audition mais ils permettent de faire un diagnostic topographique du niveau où se situe la surdité. Aussi il est indispensable par ces tests de détecter l’éventuelle cause qui peut nécessiter un traitement médical ou chirurgical. En effet, il ne faudra pas laisser évoluer une cause éventuellement curable ou éventuellement dangereuse (Otospongiose, une otite chronique, un cholestéatome, aussi bien sur une tumeur sur le nerf auditif) d’où la nécessité parfois d’enregistrer aussi les potentiels évoqués, de faire de l’Imagerie : Scanner ou IRM ;
Le Bilan Audiométrique vocal permettra d’apprécier les valeurs résiduelles de l’audition. Selon les cas, et selon l’importance de la surdité, les tests comporteront des listes de sons (pour les surdités les plus légères), des listes de mots (pour les surdités moyennes) des listes de phrases pour les surdités importantes. 
Et puis ces tests pourront être réalisés avec ou sans lecture labiale, ils pourront être réalisés aussi avec ou sans amplification. En ce qui nous concerne, lorsque nous utilisons une amplification il s’agit d’un amplificateur qui sélectionne des fréquences sur lesquelles nous voulons insister.
Le bilan des besoins est un peu particulier car il doit rechercher 2 choses : d’abord les conditions de vie actuelles du patient pour savoir si, ce dont il dispose, lui permet d’y répondre suffisamment ou pas ; mais aussi il faudra connaître les souhaits du patient, ce qu’il voudrait pouvoir faire, de façon à y répondre au mieux. 
Le Bilan Auditif et le Bilan des besoins permettent de déboucher sur le Projet de Prise en Charge qui, rappelons le, repose sur 3 axes. 
- les conseils de vie,
- l’appareillage auditif,
- la stimulation auditive,
ces trois axes peuvent être exploités isolément, mais le plus souvent conjointement de façon synchrone ou successivement.
La prise en charge: 
Commençons par les conseils de vie : les conseils de vie sont généralement prodigués par le médecin, puis éventuellement repris et développés par l’audioprothésiste et l’orthophoniste.
Avant d’optimiser les conditions d’écoute et d’avoir recours à des artifices acoustiques il faut adapter les Conseils pour le malentendant 
Il faut lui apprendre à regarder son interlocuteur, ce qui lui permettra d’acquérir et de développer les possibilités de lecture labiale ; qu’il se place de façon à ce que son interlocuteur soit bien visible et qu’il se trouve sous un bon éclairage. 
Cependant, il ne doit pas cacher sa déficience auditive. Même si ce n’est pas facile, cet aveu incitera son partenaire à faire un effort. Un appareillage auditif aussi ne se cache pas, un aveugle a bien une canne blanche et tout le monde lui vient en aide.

Conseils pour l'interlocuteur

Et maintenant qu’un interlocuteur sait qu’il converse avec un malentendant que peut-il faire ? Il y a 5 règles

  • La première est d’abord d’appeler le malentendant pour capter son attention mais aussi son regard ce qui facilitera la lecture labiale, donc il l’appelle.
  • Ensuite il se déplace, si nécessaire, pour que son visage soit sous un bon éclairage. Il faut parler normalement, à peine plus lentement, ne pas forcer l’articulation mais la respecter.
  • Il faut faire des pauses ce qui laisse au malentendant le temps d’avoir recours à la suppléance mentale pour reconstruire la phrase ou des éléments de phrase qu’il n’a pas bien entendus.
  • Et enfin, si une phrase n’est pas bien comprise il faut savoir la répéter avec d’autres mots.

Se trouver face à un interlocuteur est une chose mais dans la vie, le malentendant va se trouver confronté à la radio, au téléphone, à la télévision ; là il faut l’aider et des réglages vont faciliter l’écoute.

Le principal étant de privilégier les aigus , de privilégier les fréquences avant de mettre la puissance. Ce n’est pas parce que c’est plus fort que c’est meilleur. C’est souvent parce que c’est plus aigu que c’est plus intelligible . (la plupart du temps la perte auditive correspond à une perte sur les aigus, et dans la parole se sont les aigus qui sont les plus faibles.

Donc privilégier les aigus, pour cela on peut utiliser des écouteurs piézo-électrique qui ont un meilleur rendement sur les aigus que sur les graves. De plus les écouteurs piézo-électriques sont généralement légers et plus agréables à porter.

Si la TV n’a pas de réglages de fréquences on peut sortir par la prise Péritél pour rentrer dans la chaîne HIFI laquelle est équipée des réglages possibles.

Que ce soit l’acquisition d’un casque ou d’un téléphone, il faut toujours demander au vendeur de bien vouloir procéder à des essais. Il faut sortir l’appareil de son emballage . C’est souvent une cause de refus, mais là il faut faire intervenir vos associations, et les associations en retour sauront orienter les acheteurs vers des commerçants qui acceptent de sortir le matériel de leur emballage.

Il faut avoir recours aux aides à l’audition, ces aides, toutes les aides à l’audition d’ailleurs ne sont pas des aides auditives ; ce peuvent être un téléphone amplifié, une sonnerie supplémentaire pour le téléphone, ce peuventt être aussi des flashs, un signal lumineux, la présence d'un vibrateur sous l’oreiller par exemple pour se réveiller.

Deuxième étape de la prise en charge, c’est l’Appareil Auditif ;

C’est une étape incontournable

Beaucoup la recule au plus tard possible mais trop reculer c’est souvent une erreur, plus on attend plus l’adaptation est difficile. Ce qui rend le résultat souvent décevant, tout du moins dans un premier temps.

Mais l’acceptation psychologique d’être appareillé n’est qu’un des obstacles.

Le coût en est un autre, la restitution de l’environnement sonore ; le champ fréquentiel insuffisant, sont des raisons de mécontentement. Expliquons le

Pour qu’un appareillage soit au mieux il est indispensablement stéréophonique Dans ce cas là le coût est multiplié par 2 et certains n’ont pas la possibilité de faire un tel effort même si depuis 2002 la Sécurité Sociale a décidé de participer pour les deux oreilles.

La stéréophonie permet la localisation de la source sonore.

Lorsqu’il s’agit d’un interlocuteur ça permet de diriger immédiatement son regard vers celui qui parle et donc d’utiliser la lecture labiale en plus de l’audition.

Quand on équipe les deux oreilles, globalement il y a besoin de moins de puissance et si on met moins de puissance on amplifie moins les bruits de fond. Donc pour une même compréhension de la parole on aura une meilleure discrimination et on sera moins gêné par le bruit. Car c’est bien cette restitution de l’environnement qui pose beaucoup de problèmes. Il faut plusieurs mois, on dit souvent de 4 à 6 mois pour se réhabituer à entendre l’environnement sonore que tout normal entendant accepte.

L’audioprothésiste va souvent être amené à faire des réglages progressifs ce qui fait qu’au départ il n’y a pas assez d’intelligibilité de la parole justement pour ne pas avoir trop de bruit de fond.

On a notablement amélioré le matériel en filtrant les bruits sans dénaturer la parole. Le traitement numérique du signal est un progrès incontestable. Ce n’est peut être pas une panacée, toujours est-il que les appareils sont maintenant de mieux en mieux tolérés.

Mieux tolérer veut-il dire plus efficace ? c’est un problème. En effet le champ fréquentiel restitué par l’appareil est nettement inférieur que celui utilisé par la parole , les meilleurs appareils donnent une amplification utilisable de 5000 Hz, la parole monte à 11000 Hz. Et c’est ce décalage entre 5000 et 11000 Hz qui explique que bien souvent la compréhension est souvent altérée, on n’a pas une reconnaissance excellente de la prononciation des consonnes surtout les fricatives.

Ainsi donc la prothèse est de mieux en mieux toléré mais dans une zone d'insuffisance.

Peut-on faire quelque chose ? A priori oui.

Le maillon faible de la prothèse est l’écouteur ; il suffirait de changer l’écouteur pour un écouteur qui monte plus haut en puissance pour régler ce problème. Par exemple un écouteur piézo-électrique monte jusqu’à 8000 Hz voir au-delà.

Les prothèses d’autrefois, les prothèses boîtiers, qui sont obsolètes et qui sont réservées aux pays pauvres avaient des écouteurs beaucoup plus valables.

Et à coté des prothèses auditives existe-t-il d’autres matériaux permettant d’aider les malentendants ? Oui ça existe mais ce sont des matériaux souvent trop lourds et difficiles à déplacer.

Le 3ème volet de la prise en charge c’est la « stimulation auditive » 

Elle a un double but :

- dabord de réhabituer à entendre la parole pour mieux l’utiliser 
- ensuite entraîner la discrimination. ( La discrimination c’est cette faculté psycho acoustique qui s’acquiert, qui s’entretient ; elle permet d’isoler une source sonore au milieu d’autres, et pour un malentendant ce sera d’isoler la parole de son interlocuteur en présence d’une ambiance bruyante. )

Lorsque c’est possible cette stimulation auditive est confiée à l’orthophoniste mais aussi elle peut être auto réalisée à domicile si le malentendant dispose d’un matériel électroacoustique adapté et surtout de conseils avisés pour le réglage et l’utilisation.

Le but premier de la stimulation auditive est de réhabituer à entendre. Mais pour mieux comprendre pourquoi on perd l’habitude d’entendre, il faut voir ce qui se passe : la dégradation auditive correspond à deux pertes : une perte auditive et une perte fonctionnelle.

La perte auditive c’est une perte de puissance et puis à la longue se rajoute une partie fonctionnelle qui est la perte d’habitude.

La variabilité inter individuelle de la perte fonctionnelle est importaaante ; c'est ce qui explique que pour une perte identique, l’audiogramme est superposable, les gens ont des difficultés complètement différentes parfois pour communiquer

Et à quoi correspondent cette perte auditive et cette perte fonctionnelle ?

La perte auditive est la disparition progressive des cellules ciliées au niveau de la cochlée. Il faudra donc augmenter la puissance pour mobiliser les cellules ciliées restantes.

La perte fonctionnelle est un ensemble de phénomènes qui se situe tout au long de la voie auditive, au niveau de la fosse cérébrale postérieure et au niveau de l’aire corticale.

Au niveau de la fosse cérébrale postérieure il y a d’abord diminution du volume puis du nombre des cellules : les cellules n’étant plus utilisées elles se mettent au repos (diminution du volume), parfois ce repos est largement dépassé et la cellule meurt (diminution du nombre). La mise au repos est un phénomène réversible; la mort cellulaire est malheureusement irréversible. Lors d'une déficience auditive, il se produit aussi une « désafférentation » c’est à dire une perte des connexions des cellules entre elles. C'est réversible.

Au niveau des aires corticales auditives il existe différents types de cellules qui utilisent des éléments différents de la parole. Les plus intéressantes sont les cellules qui analysent les fréquences ; elles sont réparties par contingents pour étudier les sons les plus graves (20 Hz) jusqu’aux sons les plus aigus (20 000 Hz), pour la parole : 125 Hz jusqu’à 11 000 Hz.

Si les sons aigus ne sont plus entendus les cellules se mobilisent pour aller étudier la dernière fréquence entendue. Il y a à ce niveau là une accumulation de cellules, ce qui fait que dans cette dernière fréquence entendue c’est vite intolérable,

Heureusement les cellules corticales peuvent retrouver leur fonctionnalité si une information leur parvient à nouveau surtout dans les fréquences qu’elles n’étaient plus capables d’analyser.

C’est grâce à la stimulation auditive qu’on va arriver à améliorer la perception du signal. Pour réaliser une bonne stimulation auditive il faut amplifier de façon sélective et adaptée les sons qui parviennent aux oreilles déficientes. Il faut respecter les règles d’une bonne adéquation phonétique par rapport à la surdité.

Ceci va permettre la mobilisation des cellules cochléaires restantes et de là un influx nerveux va, à nouveau, parvenir à la fosse cérébrale postérieure au niveau des noyaux cochléaires,

Les cellules restantes vont reprendre le travail ; les corps cellulaires vont reprendre du volume ; les connexions vont se rétablir et l’influx pourra passer de cellule en cellule jusqu’aux centres corticaux ; là les cellules vont se redifférencier sur le plan fréquentiel. Il y avait une espèce de mur butoir qui s’était fait au niveau de la dernière fréquence entendue ; ce mur va se disloquer, les cellules vont reprendre de la fonction sur les fréquences plus aigues - en tout cas plus loin que l’amplification qui pourra être donnée par une prothèse auditive.

Pour faire cette rééducation auditive, cette « stimulation auditive », l’orthophoniste doit avoir recours à une chaîne électroacoustique juxtaposant plusieurs amplificateurs - chaque amplificateur étant sélectif d’une zone fréquentielle. Les réglages sont faciles à faire et ils sont aussi faciles à reproduire. Il faut respecter un certain nombre de règles très précises. Le stimulus utilisé par l’orthophoniste pour la stimulation est bien entendu la voix. L’orthophoniste peut choisir les mots, les syllabes, les lettres qui sont le plus en difficulté lors de la compréhension. Le stimulus vocal peut aussi être délivré en présence d’un bruit de fond, ce qui a comme avantage d’être un entraînement pour la discrimination. Mais cet entraînement pour la discrimination peut aussi, voire même surtout, être obtenu à partir de la télévision. Le son de la TV est bien entendu passé dans la chaîne électroacoustique et là, il y a audition de la parole, des bruits de fond et de la musique c'est-à-dire des conditions de la vie de tous les jours.

Cette stimulation auditive est non seulement un excellent accompagnement et doit être aussi et même surtout une excellente préparation au port de l’appareillage auditif car celui-ci est alors mieux accepté car mieux toléré et surtout beaucoup plus vite adapté.

En conclusion, nous pensons que notre rôle est d’accompagner un malentendant pour l’aider à vivre avec son handicap, C’est lui donner tous les moyens pour améliorer son audition et pour compenser les insuffisances de cette amélioration.

Au total notre rôle aux côtés des déficients auditifs est de leur apprendre à gérer leurs difficultés plutôt que de les subir.

Je vous remercie de votre attention. _______________________________________________________________________

Les organisateurs de cette journée ont souhaité qu'un témoignage vienne compléter cet exposé sur la rééducation auditive.

Un peu dans l'urgence, nous nous sommes adressés à Jean-Louis C. pour plusieurs raisons :

- D'abord il avait eu connaissance du Centre Audition et Langage de Cachan par un article paru dans la revue "VALEURS MUTUALISTES", revue publiée par la MGEN. Et au terme de sa rééducation, il a souhaité écrire à cette revue pour apporter son ressenti.

- ensuite, cette stimulation auditive remonte à trois ans environ, et il était utile de connaître la situation actuelle.

Voici donc la lecture de :

- son témoignage adressé à "Valeurs Mutualistes" par courrier du 20 septembre 2001.

- le point de la situation actuelle en date du 27 mai 2003.

20 septembre 2001

La lecture du numéro 211 (de "Valeurs Mutualistes") consacré à l'audition m'incite à vous proposer mon témoignage sur les bénéfices que j'ai tirés de la "REEDUCATION AUDITIVE" effectuée à Cachan avec le Dr DESLANDRES ORL et Céline FERRE orthophoniste ; tous deux oeuvrant dans l'Association "ECOUTE et PAROLE".

Lorsqu'il y a un peu plus de dix ans, mon audition s'est mise à baisser et que fut posé le diagnostic "d'hypoacousie endo-cochléaire", je me suis engagé dans le "parcours du combattant" connu des malentendants et qui a pour but de garder quand même de l'espoir en dépit du pronostic formulé : "il n'y a rien à faire", hors l'appareillage.

Point n'est besoin de s'étendre sur l'accablement, le sentiment de handicap, la tentation de l'isolement, les doutes sur les possibilités de continuer à travailler (je suis professeur ! )

Les années passent avec cette toile de fond déprimante. Il y a deux ans, en lisant le livre de Jérôme GOUST "VIVRE AVEC LA MALENTENDANCE " je trouve la description de cette méthode qui a l'air adaptée à mon cas.

Après consultation du Dr DESLANDRES, le rééducation est entreprise et se déroule sur une période de trois mois.

Porté par ce nouvel espoir, mais tiraillé par la crainte d'être déçu, les séances se succèdent trois fois par semaine. Des séances dites "passives" où on écoute des gammes de mots restitués dans leur intégralité sonore par un "merveilleux appareil" et d'autres "actives", avec l'orthophoniste, pour fixer par des exercices les distinctions et variations du langage nouvellement redécouvertes.

Résultats : d'abord une amélioration sensible de la compréhension attestée par les épreuves orthophoniques et le constat que je fais moins "répéter" mes interlocuteurs.

S'en est suivie la décrispation du rapport avec mes oreilles à qui je ne demande plus de "retrouver leurs vingt ans" mais que je continue à stimuler régulièrement en utilisant l'excellent et sans doute trop peu connu appareil de Raymond JOUVE (voir livre de Jérôme GOUST)

Conséquence secondaire non négligeable, mes acouphènes disparaissent à 80% et on peut dire qu'ils m'empoisonnaient l'existence. J'oublie maintenant mes oreilles des journées entières.

Enfin, je m'aperçois que je suis passé d'une attitude passive à une attitude active où des moyens m'ont été donnés pour prendre en charge mon problème avec l'espoir de résultats positifs.

Le 27 mai 2003 : le point de la situation

STATUT QUO : Les acouphènes semblent durablement tenus à distance et je vis avec ma malentendance sans que celle-ci prenne une dimension obsessionnelle.

Les questions qui demeurent tournent autour de l'anxiété, toujours proche, engendrée par l'idée d'un équilibre fragile risquant d'être compromis par des pertes nouvelles. D'où les questions :

- La rééducation auditive a-t-elle des vertus préventives ?

- Les "disques laser" comportant les suites de mots existent-ils à présent ?

Si oui, peut-on se les procurer ?

- La technique des prothèses auditives évolue-t-elle vraiment depuis la "révolution du numérique ?

- L'usage de l'audiophone de R. JOUVE est-il indispensable après une R.A.P ?

Réponses aux questions -( juin 2003 )

1ére question : La rééducation auditive a t elle des vertus préventives ?

Non, par contre on sait que vivre dans le silence sans se servir de son audition posera certainement un jour un problème car moins une audition travaille moins elle est performante. 

2ème Question : Les disques lasers comportant des listes de mots, existent -ils à présent ? Où se les procurer ? 

Réponse : là il faut que je m’explique ; actuellement nous nous servons de bandes magnétiques pour desservir des listes de mots, ces bandes magnétiques doivent circuler à des vitesses rapides pour donner un bon rendu fréquentiel sur les aigus. L’idée est venue de transposer ces bandes magnétiques sur disques lasers, mais là, il y a une petite interrogation ; le temps d’attaque d’un disque laser n’est pas génial, ceci entraîne, une petite déformation qu’une oreille normale ne remarque pas mais qu’une oreille pathologique peut remarquer. Cependant nous allons faire des essais, tenter cette expérience et si les résultats sont concluant, il sera possible de se procurer ces disques auprès de l’association.

3ème question : La technique de prothèse auditive évolue-t-elle vraiment depuis l'apparition du numérique ?

Comme je l'ai déjà dit, la révolution du numérique a permis aux prothèses d'être de mieux en mieux tolérées et surtout en ambiance sonore.

L'indispensable progrès que les prothèses puissent et doivent faire maintenant, c'est le changement de l'écouteur; par sa petite taille il est limitée en fréquence et ne dépasse pas les 5000 Hz, or il faudrait aller jusqu'à 11000 Hz pour rendre une intégralité de la parole, en tous cas en langue française.

4ème question : L'usage de l'audiophone de R. JOUVE est-il indispensable après une RAP (rééducation auditive pure)?

L'audiophone est le petit frère de la machine que nous utilisons en rééducation à Cachan. C'est, a priori, le seul appareil commercialisé à l'heure actuelle permettant de respecter la bonne adéquation phonétique / surdité indispensable à une parfaite rééducation. Mais Marc Chauveau, la société Thalès et moi-même sommes en train de travailler pour mettre au point un programme informatique qui associera rééducation auditive et apprentissage de la lecture labiale.

Question de Marie Lise (orthophoniste) : Validité de la méthode

Il est indéniable que la rééducation auditive est très efficace lorsque l’on redonne des signaux à la personne comme dans le cas d’un implant cochléaire, en revanche pour des gens dont les cellules auditives sont détruites toute ré-éducation auditive est à mon avis vouée à l’échec. Ma question : avez-vous des exemples d’amélioration d’audiogramme vocal après ré-éducation auditive, avez-vous égalements des tests objectifs montrant une amélioration dans le bruit après ré-éducation auditive

Réponse : je suis d'accord avec Marie Lise pour dire qu'il est évident que si toutes les cellules auditives sont détruites, la rééducation est vouée à l'échec. Mais comment le savoir ? En fait, cette remarque ne concerne que les surdités profondes de grade III, dites "surdités totales". S'il y a encore une perception sonore, c'est qu'il reste des cellules.

Tout comme les audioprothésistes le constatent, nous observons de façon inconstante mais pas exceptionnelle, une remontée de seuils en audiométrie tonale. Nous observons une amélioration des performances en audiométrie vocale. J'y reviendrai plus loin car une autre question aborde ce point.

L'amélioration de la discrimination est quelque chose de totalement subjectif qui nous échappe et que nous ne pouvons pas évaluer. Le ressenti des malentendants nous conforte dans la conviction qu'il y a amélioration.

Question de Jacques (Ingénieur) :

Mon premier appareil auditif en 77 était un contour du type bande large (Widex G6) les derniers pics d’amplification étaient à 6000Hz (40dB) et 5000 Hz (45 dB). Aujourd’hui les fréquences aiguës sont délaissées par les fabricants et par voie de ricochet par les audioprothésistes : Dans les écoles d’audioprothésistes on apprend qu’au-delà de 3500 voire 3000 Hz cela ne sert plus à rien et les fabricants d’audioprothéses (les numériques derniers cris) se limitent à 5000 Hz voire même en fait 3500 à 4000 Hz. Deux questions : 1) où les fabricants et les écoles d’audioprothésistes sont-ils aller chercher leur mauvaise information scientifique, 2) est ce que vous intervenez comme professeur dans les écoles d’audioprothèsistes, est ce que vous intervenez comme consultant auprès des fabricants d’audioprothèses pour qu’ils remettent le filtre amplificateur à 6000Hz…(si c’était possible il y a 25 ans avec les mêmes micros et écouteurs pourquoi ce ne serait pas possible aujourd’hui). Et question subsidiaire : qu’est ce que vous nous conseillez à nous association pour faire redécouvrir aux professionnels des vérités tombées dans l’oubli.

Réponse : Les questions de Jacques, l'ingénieur, sont très pertinentes. Ce n'est pas à moi de répondre à la première question : où les fabricants et les audioprothésistes sont-ils allés chercher leurs informations ?

Ce que je peux dire :

- c'est que la limitation en fréquence sur les aigus est une façon d'échapper au larsen.

- la volonté de réduire le volume des prothèses a diminué la place attribuée à l'écouteur et en même temps sa bande passante. La publicité dit que l'appareil ne se voit plus, mais est-ce que cela suffit à cacher la surdité ?

Mon rôle professionnel est uniquement celui d'un praticien indépendant et aussi de coordonner l'équipe du centre "audition et langage". J'ai occasionnellement des rencontres avec des constructeurs et des audioprothésistes : nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’onde.

Effectivement, ils disent qu'il n'est pas utile de donner des aigus parce que le malentendant ne les entend plus et ne sait plus les utiliser. Ce à quoi je réponds :

- nous n'avons pas les moyens de tester correctement les aigus,

- vous n'avez plus les moyens de donner des aigus avec du matériel actuellement sur le marché. Nous disposons d'amplificateurs capables de restituer les aigus et lorsque nous les restituons, nous constatons deux choses :

- d'une part une amélioration de la compréhension (en audiométrie vocale),

- et d'autre part, nous constatons aussi et peut être surtout, le sourire de satisfaction des malentendants.

Les bandes passantes du microphone et de l'amplificateur des prothèses auditives sont bonnes, c'est la bande passante de l'écouteur qui est grandement insuffisante; c'est le maillon faible qu'il faudrait changer.

Que peuvent faire les associations de malentendants ? Il faut qu'elles demandent à leurs audioprothésistes s'ils peuvent remplacer l'écouteur électrodynamique par un écouteur piézo-électrique. Ceci nécessite que l'appareil ait la place suffisante et ceci nécessite aussi de changer l'impédance de la prothèse.

L'écouteur piézo-électrique aura l'avantage d'un meilleur rendu sur les aigus et en plus de cela, s'ajoute un deuxième avantage de diminuer la consommation des piles électriques.

A ce sujet, je voudrais dire, qu'en 2001 est né, à la faculté d'Orsay, c'est la faculté des sciences de Paris Sud, un groupe qui s'appelle : "la cellule audition d'Orsay" dont le mentor est Paul Marie Guyon qui travaille au L.C.A.M.;. je pense que cela veut dire Laboratoire de Collision et d'Activation Moléculaire, je suis persuadé que de ce milieu scientifique resortira toute le vérité.

Question : Un audioprothésiste qui avait entendu parler de vos travaux, se demandait si c'était scientifiquement prouvé que les fréquences au-delà de 4000, 5000 Hz permettent la compréhension ?

Réponse à Monsieur l'audioprothésiste : il faudrait répondre que parce que nous ne faisons que de la mise en pratique, ce ne sont pas nos travaux qui peuvent conforter ou apporter une preuve scientifique.Il faut rappeler que la fondation Borel Maisonny, à son heure de gloire, a étudié toutes les fréquences (de tous les phonèmes et de toutes les lettres) indispensables à une bonne compréhension et à leur reconnaissance.

Par ailleurs, l'Institut de Phonétique qui dépend de la Sorbonne détient tous les éléments de ces affirmations. On peut y contacter Bernard GAUTHERON.

Question : quel en est le coût ?

Réponse : le coût de la rééducation peut faire peur ; chaque chaîne électroacoustique que nous utilisons à Cachan coûte entre 11000 et 12000 Euros. Par contre, pour les audiophones (leurs petitsfrères), le montant est beaucoup plus modeste puisqu'il n'excède pas 1500 Euros.

Question : Quelle évaluation de l'apport bénéfique ?

Réponse : l'évaluation de l'apport bénéfique sera en même temps une réponse à l'orthophoniste de tout à l'heure. Cette évaluation repose d'une part sur la satisfaction ou non du malentendant lui-même ; çà c'est totalement subjectif. Elle repose aussi sur les remarques formulées par l'entourage du malentendant ; çà, c'est déjà beaucoup plus objectif.

Mais, par ailleurs, nous pratiquons des tests vocaux. Mais pour que les tests soient comparables, il faut utiliser toujours les mêmes listes ; dont, il ne faut pas les utiliser trop souvent, sinon, le malentendant finira par les connaître par cœur. Ces tests sont pratiqués soit à oreilles nues, soit avec les prothèses auditives, soit avec la chaîne électroacoustique. Dans les trois cas, c'est sans lecture labiale ou avec lecture labiale. Au terme de ces bilans, nous notons les porcentages d'erreurs.

Question : quelles modalités pratique de la rééducation auditive ?

Réponse : malheureusement ou heureusement, tous les malentendants ne peuvent pas venir au Centre Audition et Langage ou même, aller trouver un orthophoniste qui s'intéresse à leur sort. Alors, ceci génère des protocoles différents car les situations sont différentes.

Lorsque les gens peuvent fréquenter ledit centre, la prescription initiale est faite pour 50 séances, du moins suivant l'ancienne nomenclature des actes professionnels pour l'orthophonie (maintenant c'est changé). Chaque séance dure au moins une heure. Il ne faut pas moins de 3 séances par semaine. Ceci représente une durée d'un peu plus de 3 mois. Le bilan d'audiométrie vocale est réalisé avant de commencer, puis à 25 séances et au bout de 50 séances. Là on décide éventuellement de continuer suivant le désir du malentendant et les résultats obtenus.

Chaque séance doit comporter une partie active faite avec l'orthophoniste, puis une partie de rééducation pure, faite soit à partir de la bande magnétique pour ne faire travailler que l'intelligibilité, soit avec la T.V. pour faire travailler l'intelligibilité et la discrimination.

Mais si le malentendant ne peut pas fréquenter le Centre Audition et Langage, il faut absolument qu'il dispose d'un audiophone ; soit c'est l'orthophoniste, chez qui il se rendra, qui est propriétaire de l'audiophone et à ce moment là on se retrouve dans des conditions à peu près identiques, soit c'est le patient lui-même qui a fait l'acquisition de l'audiophone et il peut l'utiliser à son domicile et chez l'orthophoniste.

Parfois il n'y a pas de possibilité de fréquenter un orthophoniste, lequel cas, nous guidons le malentendant depuis Cachan pour lui dire comment procéder.

L'association de Cachan a quelques audiophones que ponctuellement elle peut mettre à la disposition des malentendants. Mais l'investissement et important et le nombre limité.

Question : dans quels cas cela ne sert à rien ?

Réponse : cette dernière question est cruelle ; quand est-ce que cela ne sert à rien ? Cela ne sert à rien si le malentendant n'est pas volontaire. Quand il a été contraint et forcé par son entourage, ce n'est pas la peine d'entreprendre une rééducation. Cela ne sert à rien non plus si l'assiduité ne peut pas être respectée, c'est-à-dire, qu'il faut au moins 3 séances par semaine et il ne faut pas qu'il y ait de périodes de congé. Cela ne sert à rien, en cas de surdité totale.

Réponses aux questions -( mars 2004 )

QUESTIONS POSÉES

à la suite de l’exposé sur le rééducation auditive et après les témoignages.

Réponses du Dr Deslandre -table ronde du samedi 15 mars 2004

QUESTION N° 1

Certains audioprothésistes pensent que ce sont les aigus qui sont dangereux pour l’oreille alors qu’on vient de nous dire qu’ils sont indispensables à une bonne compréhension. Qu’en est-il au juste ?

Les audioprothésistes ont parfaitement raison. Lors des traumatismes sonores, ce sont les fréquences aiguës qui sont les plus dangereuses. En effet, au niveau de l’oreille, la vascularisation artérielle cochléaire est particulièrement faible au niveau des cellules qui détectent les aigus. S’il y a surmenage de ces cellules, la vascularisation s’avère insuffisante et ces cellules souffrent en premier.

QUESTION N° 1 bis

Alors n’est-il pas dangereux d’avoir un appareil qui augmente trop les aigus ?

Il ne s’agit pas d’augmenter trop les aigus. Il s’agit d’augmenter juste de ce qu’il faut.

QUESTION N° 2

A ce que j’ai compris, on ne peut améliorer que la compréhension et pas l’audition ?

J’ai du mal m’exprimer ou pas assez. Bien sûr la réadaptation est destinée à améliorer la compréhension. Mais lorsque vous donnez une puissance suffisante et adaptée au niveau de l’oreille, il y a à nouveau un influx qui parvient au niveau de la fosse cérébrale postérieure (noyaux cochléaires), puis au niveau cortical (aire auditive). Cela remet un certain nombre de structures nerveuses en fonction et ceci explique la perception améliorée au niveau du seuil auditif. La voie auditive étant rétablie, du moins en partie, certaines informations peuvent à nouveau parvenir même si elles sont moins puissantes. Autrement dit, en l’absence de rééducation, s’il n’y a pas assez de puissance donnée au niveau de l’oreille, il n’y a pas d’influx nerveux parvenant dans la fosse cérébrale postérieure et encore moins d’information au niveau du cortex auditif. Si cette voie auditive est réhabilitée, un influx pourra la parcourir même avec une stimulation moins importante au niveau de l’oreille, à condition qu’il y ait encore des cellules cochléaires fonctionnelles. Donc, si on remet les circuits en marche, on arrive à percevoir à nouveau certains sons.

On constate, après rééducation, une amélioration de l’audiogramme dans un tiers des cas. Et on a observé des améliorations jusqu’à 35 dB (je ne l’ai vu qu’une seule fois).

QUESTION N° 3

Est-il bon ou efficace d’écouter la radio ou la télé avec des écouteurs ?

C’est mieux que rien. Cependant le problème est que la simple écoute au casque, de la radio ou de la télé, ne tient compte que de la puissance. Or j’ai essayé de vous dire aujourd’hui que le son passe par les fréquences avant de passer par la puissance.

Si vous avez une balance qui permet d’augmenter les aigus et de diminuer les graves, il faut d’abord l’utiliser avant de donner une puissance satisfaisante. Le son sera plus clair et pas trop fort.

Si votre poste de TV n’a pas de réglage de fréquence, il faut en sortir le son par la prise péritel et passer par la chaîne Hi-fi qui permet d’augmenter les aigus et de minimiser les graves. Mieux encore, le malentendant peut écouter au casque comme cela lui convient et les autres écoutent comme d’habitude la TV.

QUESTION N° 4

Combien de temps en moyenne dure une stimulation auditive par la méthode que vous avez présentée ? Les résultats sont-ils acquis définitivement ?

Les résultats ne sont pas acquis définitivement, jamais, sauf pour une personne qui aurait récupéré une audition normale mais avec mauvaise intelligibilité (après chirurgie par exemple).

Le temps de rééducation est au moins de trois mois... est plus selon les résultats constatés, le niveau de la perte, son ancienneté, la motivation du sujet...

QUESTION N° 5

Est-ce que un Monsieur malentendant a eu raison de s’appareiller ? A-t-il raison de ne porter que rarement ses appareils ou faudrait-il qu’il les porte plus souvent ?

Je félicite Mr de s’être fait appareiller ; c’est déjà un énorme pas de franchi. S’il veut tirer maintenant un bénéfice de ses appareils, il faut qu’il les mette en se réveillant et les enlève en se couchant ; peut-être pas du jour au lendemain mais rapidement quand même. Ce n’est qu’ainsi qu’il se réhabituera à la perception des bruits de fond et qu’il pourra les “neutraliser”. Et ce n’est qu’alors qu’il pourra mieux comprendre la parole et l’extraire de l’environnement sonore.

Il ne faut surtout pas faire comme avec des lunettes : quand on a envie de lire, on les met. En audition, c’est différent : il faut faire travailler les oreilles. Plus on porte ses appareils, plus on les supporte.

QUESTION N° 6

Je reviens sur la réponse que vous avez donnée à M. Schlosser. Souvent, les audioprothésistes, quand on leur demande de nous mettre plus d’aigus, ils refusent. Pourquoi ?

Je ne vois pas qui peut dire que les aigus ne servent à rien, surtout quand on n’a pas les moyens de les donner... Les patients dont nous nous occupons se redent bien compte que ça sert à quelque chose. Il suffit de voir leur sourire de contentement quand on leur donne des aigus. Mais il est vrai qu’au début ils sont parfois un peu durs à supporter.

Les audioprothésistes n’ont pas les moyens de vous donner des aigus parce que les appareils n’ont pas les moyens de les donner. C’est un problème de fabricants.

Mais si demain on fabrique des appareils qui donnent des résultats satisfaisants, vous oublierez d’aller en acheter tous les six mois ou à l’occasion de chaque “innovation révolutionnaire”.

QUESTION N° 7

Nos appareils auditifs ont de très fortes distorsions ; la commission d’homologation accepte jusqu’à 10% de distorsion et les fabricants et les audioprothésistes ont tendance à diminuer les aigus au maximum pour éviter le Larsen.

Je ne parle pas du problème d’ergonomie, et le militant associatif que je suis, propose de bombarder les fabricants de lettres de malentendants mécontents pour leur expliquer ce qui ne va pas dans leurs appareils... Il semble qu’aujourd’hui, avec les progrès en électronique, on devrait pouvoir faire beaucoup mieux pour un prix plus agréable... ?

Militez, Militez... il en restera quelque chose.

Je reviens sur l’idée que les aigus ne servent à rien. Il faut ajouter que nous n’avons pas les moyens de les tester correctement. Lors de réalisation d’un audiogramme, on teste les fréquences 125, 250, 500, 1000, 2000, 4000 et 8000 Hz. On a testé 7 points ; rien entre 4000 et 8000, rien au delà de 8000Hz. Les aigus ne sont donc pas testés correctement et on ne sait donc pas ce qui reste.

QUESTION N° 8

Pour confirmer ce que vous dîtes : je suis malentendant léger mais je suis appareillé quand même. J’ai souvent du mal à comprendre la parole des chansons. Je comprends beaucoup mieux avec un casque sur les oreilles, mais ce n’est pas toujours idéal et à ce moment-là je coupe tous les graves et j’entends de façon satisfaisante.

Vous avez résumé la situation. La bande passante d’un casque est meilleure que celle d’une prothèse et privilégier les aigus améliore l’intelligibilité.

QUESTION N° 9

Comment peut-on diagnostiquer une séquelle chez un enfant ? Mon fils a une très mauvaise élocution et il a eu une otite séreuse à l’âge de l’apprentissage de la parole. Y a-t-il un autre moyen que l’audiogramme ?

Non, il n’y a pas d’autre moyens que l’audiogramme. Mais il faut mieux tester les aigus : 2000, 3000, 4000, 6000 et 8000 Hz. De plus il faut compléter l’audiométrie tonale par une vocale et qualifier les difficultés plutôt que de les quantifier : un pourcentage de difficultés n’a aucun intérêt, mais connaître les lettres ou les phonèmes sur lesquels il y a des difficultés, permet d’imaginer les nécessités d’un très éventuelle amplification pendant la rééducation orthophonique.

QUESTION N° 10

D’après ce que je comprends, j’aurais tendance à penser que la rééducation auditive marche mieux si je suis malentendant en étant devenu sourd plutôt qu’en étant malentendant de naissance !

Ce qui compte est le temps qui passe entre la découverte de la surdité et le moment où on intervient, que ce soit chez un jeune, un adulte ou un aîné.

Deuxième chose : chez l’enfant il y a une plasticité neuronale fantastique. Le système nerveux central n’est définitivement mature qu’à l’âge de sept ans. Il y a encore des possibilités de croissance cellulaire jusqu’à cet âge.

Donc il faut agir vite.

Chez les aînés, cette plasticité s’amenuise d’année en année.

QUESTION N° 11

Pour faire suite à la question de Madame, je suis enseignant. Je pense à une élève dont la maman n’a pas pu assister aujourd’hui à la réunion. Elle est en sixième, et la surdité a été découverte avec trois ans de retard ; toujours est-il qu’aujourd’hui, en sixième, elle a trois ans de retard. Il y a énormément de mots qu’elle ne connaît pas parce qu’elle ne les a pas entendus.

Si elle pouvait bénéficier d’une écoute par l’audiophone, elle pourrait utiliser complètement la parole ?

A mon avis, l’appareillage de l’enfant (en général) est mal fait. Pour apprendre à comprendre et a parler le plus correctement possible, l’enfant, encore plus que l’adulte, a besoin d’avoir des aigus. Priver un adulte d’entendre des aigus qu’il connaît, le gêne. Privé un enfant de les entendre l’empêche de les utiliser dans son élocution : il ne parle que comme il entend.

QUESTION N° 12

De ce point de vue, est-ce que les anciens appareils ne donnaient pas plus d’aigus que les numériques d’aujourd’hui ?

Les boîtiers, qui sont obsolètes en France et qu’on envoie dans les pays sous-développés, permettent de monter plus haut dans les aigus : jusqu’à 8000 au lieu de 5000 Hz.

QUESTION N° 13

Vous parlez souvent de cellules. Pouvez-vous nous en dire plus par rapport aux cellules-souche ?

Je n’ai pas de réponse.

J’aimerais bien pouvoir espérer, mais je ne sais pas. Tant qu’on n’aura pas essayé, je ne peux rien dire, mais j’ai un doute sur l’efficacité. Bien sûr, si on arrive à transplanter une cellule et qu’elle arrive à rétablir des connexions dans tout l’ensemble, c’est idéal. Il y a beaucoup de travail à faire de la part des chercheurs et de la médecine, mais il y a aussi beaucoup de travail à faire pour une cellule !

QUESTION N° 14

Il y a une personne sur quatre ou sur trois qui a une bonne audition à quatre-vingts ans. Y a-t-il des études pour comprendre pourquoi ces personnes échappent à la presbyacousie ? Sinon, que pouvons-nous faire, nous associations, pour provoquer de telles études ?

Des dépistages auditifs ont été réalisés dans tous les pays du monde. Les populations qui ont les meilleurs scores auditifs sont les populations qui sont les plus à l’écart de la civilisation, à cause du bruit, de la pollution, etc... parce qu’il n’y a pas d’avion, d’usine, de produits chimiques...

QUESTIONS N° 15

Oui c’est vrai, mais on voit des personnes très âgées qui entendent très bien dans notre pays !

Les personnes qui viennent me voir sont toutes des malentendantes. Je ne vois pas les gens qui entendent bien. Je pense qu’ils ont pu surtout développer des moyens de compensation, que ces personnes très âgées ont une audition plus faible mais qu’elles font des efforts sociaux très importants pour maintenir le contact. Je vois souvent des personnes avec des pertes auditives hautement significatives mais que ne semblent pas trop les gêner. Elles ne semblent pas spécialement perturbées pas les situations difficiles. Elles écoutent et répondent. Il est probable que l’explication réside en partie dans le fait qu’il n’y a jamais eu de coupure relationnelle ou de coupure sociale.

QUESTION N° 16

Existe-t-il des disques audio avec voix enregistrée et filtrée qui aurait une incidence pour repousser ce que vous appelez le mur d’intolérance fréquentielle ?

Je sais que quelqu’un a essayé de le faire il y a une quinzaine d’années, en enregistrant des listes de mots et en tenant compte des besoins fréquentiels. Cela a été fait avec des minicassettes. Or ces minicassettes restituent mal les aigus (c’est la raison pour laquelle les électroacousticiens ont développer le système DOLBY pour redonner des aigus artificiels ; ceci est acceptable pour la musique mais pas excellent pour la parole puisqu’il ne s’agit pas des aigus naturels). Pour avoir de bons aigus naturels sur un enregistrement magnétique, il faut avoir une bande large qui défile vite.

L’espoir est surtout dans le CD audio. Nous n’avons pas pu travailler beaucoup dans ce sens là, faute de subvention.

QUESTION N° 17

Où peut-on se procurer l’audiophone JOUVE ?

Centre Electronique Acoustique - Productions JOUVE

175 rue Legendre - 75017 PARIS

Tel : 01.46.27.08.30. Demander Mademoiselle MEESCHAERT

QUESTION N° 18

Trop porter un appareil ne rend-il pas la compensation paresseuse ?

Non.

Eh ! voilà, j'ai répondu à toutes les questions, mais si vous avez d'autres questions à poser, vous pouvez en informer les organisateurs .

En attendant de vous retrouver, je vous salue et je vous redis toute ma sympathie. Dr Dominique DESLANDRES, ORL, 17 rue Piron, 21000 DIJON

Tél. : 03 80 30 77 77 Mobile : 06.08.82.05.06 Fax : 03 80 49 95 15

changement d'adresse début 2004 : 16, place des Ducs, 21000 DIJON

Centre « Audition et Langage », 16 Place Ovale, 94230 CACHAN

Tél. : 01 46 64 56 11

Au sujet de l’Appareil de rééducation auditive :

l’audiophone de Jouve

Témoignage de François C. de Montpellier

▲haut de page

1-Historique : Amateur de musique classique depuis de nombreuses années, je suis très attentif aux fréquences perçues et non perçues. Recherche du seuil, voir le déplacer (vers les aigus).

Mon audioprothésiste supprimait les aigus lors des réglages de mes prothèses : inutiles puisque non perçus, ils agressent et perturbent les perceptions. Au concert c’était des bruits de casseroles que j’entendais plutôt que des instruments de musique !

Il y a 6 ans j’acquis les prothèses « musicales » de Siemens. Enfin j’entends de la musique ! J’oblige mon audioprothésiste à mettre des aigus au delà du seuil de perception sans remarquer d’agression. Je me souviens d’avoir lu des critiques d’amplis dont la fréquence allait jusqu’à 30000 hertz. Bien que non perçu par l’oreille, ces hautes fréquences permettent à l’appareil un meilleur rendu dans les fréquences audibles.

Je découvre les interviews du Dr Deslandres dans « Résonnances », dont les hypothèses vont dans le sens de mes efforts. Octobre 2002 RdV avec le Dr Deslandres à Dijon, essai de l’appareil de Jouve.

Un drame qui précipite l’acquisition de l’appareil de Jouve : ma fille aînée Valérie âgée de 34 ans, malentendante, appareillée, a une perte brutale et sévère de l’audition : examens médicaux à Montpellier, impuissance des ORL, préparation pour un implant.

Février 2003 : le Dr Deslandres nous reçoit à Cachan, il fait préparer un appareil que nous récupérons le soir chez Jouve à Paris ;

2- début de la rééducation auditive : début mars avec une orthophoniste.

A la maison : utilisation du micro pour conversation, des raccords pour écouter la TV, radio.

Mon degré de surdité : pertes : 85dB à droite, 90dB à gauche.

Le Dr Deslandres a donné ses directives par téléphones à l’orthophoniste, celle-ci est intéressée et motivée. Lors d’un de ses passages à Montpellier, nous recevons le Dr Deslandres avec l’orthophoniste. Il nous fait part de ses hypothèses, nous indique le mode d’utilisation de l’appareil de Jouve et le but de la rééducation.

Mon médecin et l’ORL que j’ai consulté il y a 4 mois n'est pas au courant

J’ai fait la copie de l’interview à l’audioprothésiste qui est paru intéressé. Il me règle les prothèses en tenant compte de mes exigences (mais ce n’est pas encore ce que je veux)

L’orthophoniste a été trouvée en tenant compte de la proximité d’un RdV dans les meilleurs délais. Elle est très intéressée, motivée.

Avant de commencer ma fille et moi avons subi des tests d’évaluation fournis par le Dr Deslandres

Comment cela se passe chez elle ? : le micro est dirigé bien en face de l’orthophoniste ; à 1m environ, des périodes de « bavardages » à bâtons rompus alternent avec l’audition de mots que je comprends pas ou difficilement. Ces exercices se font sans regarder l’auditrice, réglage de l’appareil à ma convenance, j’ai commencé sur le 4 à 70db, puis je suis passé sur le 5 à 80db, puis 75db, actuellement à 70db.

Confort d’écoute sur le 4. A 5 j’ai dû augmenter la puissance : moins de grave, plus d’aigus : c’est là que je dois travailler, car je dois être « à la limite » d’une bonne perception des aigus

Chez moi conversation avec ma femme au cours des repas, à la télé avec prises péritel, à la radio avec raccord.

Bénéfices : bonne compréhension, voix claire, pas de sons agressifs ni parasites.

Inconvénient : le casque compresse les oreilles, encombrement hors période de rééducation.

Pour écouter de la musique, j’utilise un casque seul sur prise casques de l’ampli ou de la platine CD ou de la platine cassette : excellents résultats.

Les tests de compréhension n’ont pas encore était réalisés.

Je retire dans l’immédiat un grand plaisir d’écoute, une meilleure compréhension du parler

Sans prothèses, avec prothèses est-ce mieux qu’avant ?

Il me semble essentiel de se concentrer sur le seuil de perception ou de non perception des aigus afin de le « repousser ».

Essayer des tests avec un instrument de musique me parait intéressant : piano, violon, avec des voix d’enfants. Le réglage des prothèses doit suivre.

A bientôt d’en parler et reparler...Cordialement

François

Témoignage de Valérie C. de Montpellier

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Monsieur,

Voici mes réponses à vos questions:

1) Comment avez-vous acquis l'appareil?

Pour l'instant, je partage l'appareil avec mon père mais j'ai fait une demande de financement pour en acquérir un personnellement auprès d'un organisme départemental qui s'appelle "Site pour la Vie Autonome" (SVA sur Montpellier)

2) Votre médecin et votre audio sont-ils favorables ?

Mon médecin généraliste est au courant de mon utilisation de l'appareil de rééducation : RAS, c'est une personne ouverte. Mon audioprothésiste plus ou moins car je ne suis pas rentrée dans les détails et mon ORL pas encore... j'hésite un peu, vu les divergences d'opinion !!! Si il y a un mieux perceptible dans ma compréhension, alors effectivement, je lui en parlerai...

3) Petite histoire de votre surdité

Depuis l'âge de 5 ans, je suis suivi car j'avais une légère perte d'audition qui ne m'a pas empêchée de poursuivre mes études. A l'époque, il ne devait pas y avoir d'aggravation... En 1991, j'ai eu une première chute qui m'a conduit à m'appareiller car j'étais à l'université et il me fallait comprendre les cours. L'audition est restée à un niveau à peu près stable de 1992 à 2000. Fin 2001 et à nouveau début 2003 mon audition a chuté ce qui remets en cause mon avenir professionnel immédiat. Je démarre une "recherche de reconversion", seule pour l'instant, car étant encore en activité, il n'y a pas d'organisme qui puisse m'aider pour effectuer un bilan de compétence, me donner des conseils, etc. Je dois d'abord être au chômage pour ensuite pouvoir bénéficier d'aides correspondant à ma recherche d'information et de reconversion...

4) Quel est le degré de ma surdité aujourd'hui ?

Je suis désolée mais je vais noter exactement la synthèse de mon ORL ... : "il en résulte actuellement en audiométrie vocale des seuils avec une discrimination de 60% à 90dB à droite et une discrimination de 40% à 86 dB à gauche" (NDLR : l’audiogramme vocal sature à D à 90dB avec seulement 60% de mots reconnus et à G à 86 dB avec seulement 40% de mots reconnus).

5) Comment se déroulent les séances de rééducation avec l'orthophoniste ? Depuis combien de temps ?

J'ai démarré les séances avec l'orthophoniste depuis 2 mois et demi, à raison d'une séance hebdomadaire de 45mn. A mon arrivée, j'enlève mes prothèses, je mets les écouteurs puis "l'amplificateur en route"... Il y a toujours un temps pour la discussion "normale" puis je dois répéter des mots ou des mini phrases sans lecture labiale. Si je ne comprends pas le mot, l'orthophoniste le répète 1, 2 fois puis si il y a toujours incompréhension ou erreur, elle le répète à nouveau et je m'aide de la lecture labiale.

6) Qu'est-ce que cela vous a apporté ? et quels bénéfices vous en retirez ?

Au cours de ces séances, j'ai pu me rendre compte à quel point j'avais développé la "compréhension" par la lecture labiale alors que je n'ai jamais appris à l'utiliser. Nous nous sommes rendus compte que ma compréhension se situait à 98% de réussite (en répétition de mot) avec l'utilisation de l'audition et de la lecture labiale. Maintenant, je m'amuse à la développer avec la langue anglaise ... Ce qui est également très intéressant, c'est de noter les sons avec lesquels j'éprouve des difficultés comme le son "ou", les "ch" les "s", par exemple. Maintenant, en début de séances, je répète les mots que je n'avais pas compris la fois précédente et j'enchaîne sur des listes de mots "faciles" et "difficiles". Je pense qu'il est encore un peu tôt pour remarquer une amélioration. Par contre, je me sens dorénavant plus à l'aise lorsque j'essaie de comprendre sans lire sur les lèvres. Les premières fois, je me sentais "perdue", déboussolée. Je m'oblige à faire répéter le plus souvent possible avant de faire une tentative avec la lecture labiale. J'utilise surtout l'appareil avec la télévision et évidemment lorsque je regarde un film français, j'ai à nouveau une bonne compréhension (pour moi). Je prends plaisir à comprendre. Pour finir, je voudrais souligner la qualité sonore des écouteurs. Effectivement, suite aux dernières baisses d'audition, je n'écoutais quasiment plus la radio

(musique essentiellement). Grâce aux écouteurs que je branche directement sur ma chaîne (et sans utiliser l'appareil amplificateur), j'ai retrouvé la joie d'écouter la musique, de découvrir des sons que je n'entendais plus du tout en utilisant mon ordinateur et voire à pousser la chansonnette, mais là, c'est vraiment une autre histoire car il est, bien sûr, inutile de dire que je chante ultra faux !!!!

En espérant avoir été la plus concrète possible, je vous souhaite une bonne réception de ce courrier.

Cordialement.

Valérie C..

Comment j’ai rééduqué mon oreille droite grâce à l’écoute par boucle magnétique.

(Témoignage de Jacqueline Cazanave Pin ancienne présidente de l’association Surdi34 de Montpellier) 

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Mon parcours de malentendante a été, comme pour beaucoup d’entre vous, chaotique et douloureux. Mal informée par des professionnels aux avis contradictoires, j’ai perdu beaucoup de temps avant de pouvoir me faire appareiller ; et, c’est en vain, que j’ai cherché à me rapprocher d’une association qui n’existait pas à l’époque sur le plan local.

J’avais progressivement vu mon audition diminuer jusqu’à approcher les 60% de perte, lorsque, enfin, le jour est arrivé, où sur les conseils d’une amie très compétente et persuasive, j’ai retrouvé le courage de ressortir les deux prothèses qui dormaient dans un tiroir depuis 6 ans..

Finalement, le déclic psychologique étant déclenché, je ne me débrouillais pas mal avec l’un de mes appareils, mais le vacarme des bruits ambiants auxquels mon oreille était soumise en permanence, m’inquiétait et m’amena à penser qu’il serait souhaitable de protéger mon oreille droite, un peu moins mauvaise, en ne l’appareillant pas.

C’était une grosse erreur, dont j’ai pu me rendre compte quelques années plus tard, lorsque j’ai refait une série de tests : concernant la compréhension, l’audiométrie vocale faisait apparaître une bonne amélioration du coté gauche, mais une forte baisse apparaissait du coté droit, sur l’oreille qui n’avait pas été appareillée.

Ainsi, l’oreille qui n’avait pas travaillé, avait perdu de son intelligibilité.

La preuve était faite que le port d’un appareil auditif ne dégrade pas le système auditif, comme on pourrait le craindre, mais au contraire, le conserve, en stimulant les cellules nerveuses qui le constituent.

Restait le problème de m’habituer à supporter le deuxième appareil, ce qui me semblait une nouvelle contrainte peu réjouissante. J’ai commencé par faire un nouveau réglage sur l’appareil délaissé, et l’idée m’est venue, que je pourrais peut-être faciliter les choses en écoutant avec mon oreille à rééduquer, tout ce qui pouvait s’entendre avec la boucle d’induction, essentiellement les émissions de télévision, puisque j’avais la chance d’être équipée chez moi d’une boucle magnétique. ,

Il est bien entendu qu’il suffit de se connecter sur la boucle d’un seul coté, afin de ne pas s’isoler des bruits ambiants

Tout se passa fort bien; les tests suivants ont montré que ma deuxième oreille avait récupéré une intelligibilité normale, et depuis, le port de mes deux appareils m’est indispensable.

Au sujet de cette forme de rééducation toute simple, je pense que l’on pourrait faire une comparaison avec ce qui se passe en matière de rééducation motrice : On utilise des piscines dans lesquelles sont plongés les patients; l’eau étant censée diminuer les efforts physiques, tout en permettant de faciliter le travail musculaire.

Chez nous, c’est la position T, quand nous disposons d’une boucle magnétique, qui permet à nos oreilles de travailler sans faire d’efforts, dans de bonnes conditions, et de manière ludique. Il serait dommage de s’en passer, et c’est bien regrettable que les audioprothésistes ne veuillent pas le comprendre.

J’espère avoir répondu à la question qui m’était posée sur la rééducation de ma deuxième oreille Je pense qu’il y aurait encore beaucoup à dire pour répondre au questionnaire de Surdi 13 que je trouve très judicieux ; mais, si je suis une inconditionnelle de la Boucle Magnétique, je ne suis pas une écrivaine très habile, et puisque le temps presse, je me réserve pour une prochaine fois.

En attendant, sachez que j’ai trouvé l’idée de la visite guidée d’Aix en Provence en boucle magnétique géniale! et j’aimerais bien avoir la référence de ce petit amplificateur si discret et performant qui a été utilisé.

Merci et amicalement.

Témoignage Paulette (Aix en Provence)

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Bonjour ! je suis ici pour témoigner de la mise en train d'un appareillage auditif avec accompagnement de rééducation orthophonique.

Cela vous tombe dessus d'un coup, sans prévenir vraiment.

Vous aviez une perte auditive moyenne de 44 % sur les deux oreilles et deux après, le verdict de l'audiogramme est de 60 % à droite, 70 % à gauche de perte auditive : PRESBYACOUSIE !

Cela fait mal, mais surtout cela fait peur. Si cela continue à cette allure…Dans deux ans !… Que faire ?

Je veux savoir pourquoi ? Comment ? Quand ?.

L'O.R.L : " on ne peut pas savoir ! Mais il y a les audioprothèses et la rééducation orthophique !"

Je me lance, ou plutôt je me relance. J'avais déjà fait un essai d'appareillage il y a deux ans plutôt négatif. Cette fois, l'audioprothésiste et l'orthophoniste travaillent en équipe. L'appareillage se fait en douceur, très progressif. Je le supporte bien. J'ai des résultats positifs, mais ce n'est pas encore le top. Ma courbe auditive est difficile à compenser.

L'orthophonie, c'est un travail en commun où vous devez vous impliquer. Le bilan vous fait découvrir que vous ne comprenez ni tous les sons, ni tous les mots. Que dans le bruit, entendre et comprendre c'est encore plus difficile. L'orthophoniste vous fait travailler chez elle et chez vous sur cassettes enregistrées.

1 - La compréhension des sons :

Ce sont des listes de mots très proches qu'il faut identifier et noter tels que : cesse et sèche, six et fils, fifre et chiffre, etc…

2 - Travail sur la rapidité du décodage de séries de mots dits rapidement.

3 - Travail sur la compréhension dans le bruit.

C'est le décryptage des textes sur fond sonore ou sur textes dits à deux voix.

Dans un premier temps, on essaye de décrypter une voix, dans un deuxième temps, il faut essayer de décoder les deux textes dits à deux voix.

C'est un vrai casse tête, c'est difficile ! Mais quand on y arrive, on se sent plus fort, on est plus fort. On se bat !.. On ne subit pas sa mal audition d'une façon amoindrissante.

J'ai pas mal progressé, c'est une solution, on est là aujourd'hui pour se faire entendre, pour inciter les O.R.L, les audioprothésistes, les orthophonistes à faire plus encore pour les malentendants, pour les aider à rester en communication avec le monde, avec la vie !…

Témoignage de Simone (Aix en Provence)

J’ai été appareillée à l’âge de 55 ans pour une surdité légère avec des intras. Celle-ci avait une courbe d’audition normale jusqu’au jour où à l’âge de 65 ans mon audition a chuté de 30% suite à un épuisement physique prolongé. Aujourd’hui âgée de 71 ans ma perte auditive binaurale est de 89% : Ce niveau reste heureusement stable ces dernières années.

L’an dernier à l’occasion d’un contrôle annuel chez mon ORL (Dr B.), je me plaignais de ne pas comprendre avec les appareils que j’avais depuis peu. Ce dernier m’a ordonné une rééducation avec appareils, faite par une orthophoniste spécialisée : Mme H.

Cette méthode consiste à me faire écouter des sons, des mots, comprenant des sons dont les fréquences correspondent aux déficiences de ma courbe auditive. A moi d’apprendre à les comprendre. Peu à peu le cerveau enregistre les sons qu’il ne comprenait plus et cette gymnastique cérébrale conduit à une meilleure compréhension.

Comment cet exercice se traduit-il ?

1. Par l’écoute de l’orthophoniste.

2. Puis par un travail journalier. Sur une cassette l’orthophoniste a enregistré les mots, les sons étudiés au cours de la séance. Chaque jour l’écoute de la cassette répétée plusieurs fois, entraîne l’oreille à comprendre les sons avec de plus en plus de facilité jusqu’à une compréhension aisée et complète.

3. Sur cette même cassette sont enregistrés également des textes en milieu bruyant : musique, bruits, voix multiples. A l’oreille de décoder, de faire le tri pour obtenir le sens intégral du texte donné.

Ces diverses séances m’ont apporté une compréhension plus développée. Au départ il n’est pas facile de détecter les progrès, mais l’entourage vous signale que vous ne faites plus répéter.

Un élément pour moi a été également très important : j’ai pu me rendre compte que je butais davantage sur les sons aigus et dire à mon audioprothésiste mes difficultés, ce dernier a réglé mes appareils en fonction de mes remarques et j’ai eu une compréhension plus étendue immédiatement.

Je souligne aussi que la méthode que j’ai suivie repose sur un échange humain : orthophoniste et patient, qui amène un réel progrès dans la mesure où cet échange fait constater et toucher du doigt les lacunes et les moyens d’y remédier. Il ne faut pas omettre qu’un travail personnel est nécessaire pour aboutir à de bons résultats.
Simone

Communiqué de presse

Conférence sur la Rééducation auditive

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L'association SURDI 13 des Devenus Sourds et Malentendants a organisé Samedi 14 juin 14h au Ligourès Maison de la vie associative à Aix en Provence une conférence intitulée La rééducation auditive avec l’exemple de la pratique du Dr Deslandres ORL au sein du centre audition et langage de Cachan et des témoignages de patients de tous bords et notamment d’Aix en Provence qui travaillent avec une orthophoniste.

Une 40taine de personnes se sont déplacées malgré une chaleur étouffante ce jour là sur la ville.

Après un rappel des pistes sur lesquelles travaillent surdi-13 pour une prise en charge plus globale des malentendants une cassette vidéo du Dr Deslandres (qui a eu un empêchement pour se déplacer à Aix) a été présentée. Sa méthode de rééducation auditive repose sur un travail du malentendant avec une orthophoniste au travers d’un appareil d’amplification permettant de redonner des sons très aigus (dans la plage 4500 à 10000Hz). En effet les sons de la parole en français vont jusqu’à 10 000Hz comme on peut s’en convaincre en regardant les spectrogrammes des consonnes (par ex consulter le site http://www.lli.ulaval.ca/labo2256/illust.html). Dans la pratique lorsque l’on redonne des aigus au malentendant on constate deux choses :

- d'une part une amélioration de sa compréhension en audiométrie vocale,

- et d'autre part le sourire de satisfaction du malentendant.

Le Dr Deslandres est favorable au remplacement des écouteurs électromécaniques des appareils auditifs, qui aujourd’hui se limitent à la plage 250-4500Hz, par des écouteurs piézo électriques qui ont un meilleur rendu dans les aigus. Il insiste sur la nécessité de porter un appareil auditif sur chacune des 2 oreilles en cas de surdité afin que les cellules cérébrales de l’audition ne se mettent au repos ou voire même ne disparaissent complètement.

Un témoignage d’un patient du centre de Cachan est venu compléter cet exposé, ce patient a suivi cette rééducation en 2001 pendant 4 mois à raison de 3 séances par semaine, 2 ans après sa compréhension reste améliorée à l’audiogramme vocal et surtout ses acouphènes (sifflements d’oreilles) ont disparu à 80%.

Le témoignage de 2 autres patients utilisant l’appareil avec une orthophoniste à Montpellier est venu compléter cette partie de la réunion. Pour l’un ce travail l’a conduit à demander à son audioprothésiste de lui donner davantage d’aigus ce qui lui permet à nouveau de fréquenter les concerts avant « Au concert c’était des bruits de casseroles que j’entendais plutôt que des instruments de musique ! »

La réunion s’est poursuivie par le témoignage de l’ancienne présidente de l’association de Montpellier qui a fait le constat que n’appareiller qu’une seule oreille conduit à la perte de compréhension sur l’oreille non appareillé. Elle a « récupéré » cette 2ème oreille en écoutant assidûment la télévision uniquement avec cette oreille en utilisant la position T de son appareil auditif (permet de réaliser une liaison sans fil directement avec le son de la télévision). Pour elle la position T permet d’écouter sans effort et « c’est bien regrettable que les audioprothésistes ne veuillent pas le comprendre »

Enfin la réunion s’est terminé par le témoignage de Paulette et de Simone qui font font de rééducation auditive avec une orthophoniste sur Aix, laquelle qui s’est spécialisée dans les surdités tardives. La méthode repose sur une synergie avec l’audioprothésiste et des cassettes audio personnalisées et enregistrées par l’orthophoniste permettant un exercice journalier. Dans un des 2 cas une demande d’amplification des aigus à l’audioprothésiste s’est soldée par « une compréhension plus étendue immédiatement ». Paulette conclut « c'est difficile ! Mais quand on y arrive, on se sent plus fort, on se bat ! ».

On retiendra de cette journée l’importance d’une gymnastique auditive régulière pour les personnes atteintes de surdité évolutive et donc de l’importance du port de prothèses auditives, que la rééducation auditive peut se faire de multiples façons, comme en écoutant la télévision en induction magnétique, et qu’un meilleur réglage des appareils auditifs dans les aigus peut permettre, outre un meilleur rendu de la musique, une meilleure compréhension immédiate de la parole. L’association se propose de travailler sur ce thème l’année prochaine avec l’acquisition d’un « audiophone » pour rééducation auditive.

Contact : Surdi 13 
Le Ligourès place Romée de Villeneuve 
13090 AIX EN PROVENCE
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